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Confitures et déconfitures

Mururoa mon amour

La semaine dernière un lecteur de Cerises m’a interpellé sur la précédente chronique : « Et Tahiti alors ? En parleras-tu un de ces jours ? Il n’y a pas que la Nouvelle-Calédonie dans le Pacifique Sud ! » Sur le coup, je me suis dit : quel rapport ? Et puis en pensant au milliardaire calédonien Jacques Lafleur, j’ai ripé assez facilement sur cet autre ami de Chirac, le Polynésien Gaston Flosse. Le premier, signataire d’une poignée de main médiatisée avec Jean-Marie Tjibaou, a accumulé les défaites judiciaires et personnelles : trois condamnations pour injures publiques, un an de prison avec sursis pour ingérence au compte de son neveu dans un scandale immobilier à Nouméa (Eric Conan in L’Express, 6 juin 2002). Le second, ancien président de Polynésie, objet d’une demande de déchéance de son mandat de sénateur, a été déclaré comptable de fait dans le cadre de l’attribution de contrats du cabinet de la présidence à des élus municipaux et des syndicalistes. Gaston Flosse a donc été condamné à rembourser plus de 231 millions Fcfp puisés dans les caisses du pays. Il devra aussi s’acquitter d’une amende totale de 11 millions Fcfp. Il a bien entendu fait appel ainsi qu’un (petit) tour en prison. Bref, de gros poissons nageant en eaux troubles. Un pêcheur de l’île kanak de Lifou m’avait de son côté parlé de thons irradiés en provenance, d’après son expérience, de Polynésie. C’était son lien à lui avec les Tahitiens. J’ai fait le rapprochement et me suis surpris à faire le voyage inverse de celui des poissons du lagon – quelques milliers de kilomètres – jusqu’à l’atoll de Mururoa et celui de Fangataufa, son voisin. Voyages, voyages.

3 juillet 1970. Atoll de Mururoa, essai atomique aérien Licorne « Que c’est beau, que c’est beau », De Gaulle, 1er essai de Mururoa
3 juillet 1970. Atoll de Mururoa, essai atomique aérien Licorne « Que c’est beau, que c’est beau », De Gaulle, 1er essai de Mururoa

Je connaissais l’utilisation pacifique de l’atome. Moins le Pacifique utilisé pour l’atome. Car ces endroits paradisiaques ont eu le privilège d’avoir été transformés de 1966 à 1996 en centre d’essais nucléaires militaires de la France. Bilan : 46 essais aériens (de juillet 1966 à septembre 1974) et 146 essais souterrains (de 1975 à 1996.) Le dernier essai nucléaire militaire a eu lieu, dans les sourires et un brin de nostalgie, le 27 janvier 1996 à Fangataufa. Merci qui ? De Gaulle, Pompidou, Giscard… et Chirac. Toujours lui ! Décidément. Je me suis posé la question : si le bichon maltais des Chirac avait été exposé aux radiations d’une partie de ces 200 essais atomiques, aurait-il tenu le choc ? En l’absence de données sur le clébard, nous suggérons à Michel Drucker de faire une émission en direct de Mururoa (avec les Chirac) afin que Madame Bernadette puisse mettre toute sa faconde pour soutirer au peuple des pièces jaunes en faveur des irradiés de l’atoll (dont le personnel exposé du centre d’expérimentations du Pacifique.) Pas le genre d’émission à l’eau de rose, mais à l’eau lourde. Et loin de cette charité où Madame choisit ses pauvres et ses malades.

« Vivement dimanche » pourrait d’abord donner la parole à la défense. Et donc à Marcel Jurien de la Gravière, délégué à la sûreté nucléaire du ministère... de la Défense. Un homme qui aime à se justifier ainsi : « Suite aux essais que nous avons effectués en faisant des puits dans le corail pour rejoindre le basalte, il y a un moment où l’on a considéré que l’affaissement de l’atoll et l’agrandissement des failles n’étaient plus acceptables. Donc nous sommes passés en tir en lagon » (sic). Et le technocrate de poursuivre : « Il y a des failles de 30 à 40 cm de large, on les a augmentées avec les essais, mais elles sont parfaitement suivies » (resic). On le croit sur parole.

L’émission de Michel Drucker pourrait ensuite avoir une vedette mondiale (la plus talentueuse de sa génération, etc.). J’ai nommé l’AIEA ou Agence internationale de l’énergie atomique. Cet organisme de l’ONU a étudié dans son rapport de 1998 la possibilité d’effondrement d’une partie de l’atoll de Mururoa, dont la souche corallienne a été fragilisée par les tirs, au point de faire apparaître des failles. « Les essais nucléaires souterrains ont provoqué des ruptures de pentes sous-marines sur les flancs des parties sud et nord de la couronne de Mururoa. Les ruptures survenues dans la partie nord sont quelque peu préoccupantes, car le long mouvement de fluage continue. Ces mouvements comportent un risque de glissement de roches carbonatées. Selon l’endroit du flanc ou se produirait un glissement, une certaine quantité de matières radioactives pourrait être relâchée dans l’océan. »

L’AIEA pourrait préciser devant les gentils téléspectateurs, les gentils Chirac et le méchant bichon qui mord mémère, que c’est dans la partie nord de l’atoll que le risque d’effondrement est le plus fort, là où ont été effectués les tirs de plus faible puissance et de faible profondeur. Elle pourrait présenter, avec les outils de communication les plus modernes, son calcul de la dispersion des radionucléides. Sans parler du raz-de-marée qui pourrait être provoqué par l’effondrement d’une partie de l’atoll de Mururoa, d’un périmètre de 63 km.

Ah ! le « goût sucré des îles nacrées » chanté par Pierre Perret. Tiens, c’est une idée d’invité ! Moins risquée que d’inviter Jane Birkin, capable d’inverser ce vers de Gainsbourg « Sur mon tropique du Cancer ». Cancer du tropique, ça ferait mauvais genre pour « Vivement Dimanche ».