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Confitures et déconfitures

Nous sommes tous des Sud-Africains

En 1984, avec d’autres étudiants communistes, je me souviens avoir envahi, peintures noires sur la figure, l’ambassade d’Afrique du Sud à Paris pour exiger la libération de Nelson Mandela qui le sera en 1990. Nous voulions (modestement) contribuer à mettre par terre le régime d’apartheid gouverné par Piether Botha et soutenu par de nombreux gouvernements, dont celui de Madame Thatcher. Les CRS du ministre socialiste Pierre Joxe tabassèrent sans ménagement les manifestants restés à l’extérieur de l’ambassade. Ils ne pouvaient manier la matraque sur le territoire d’un autre pays et s’occuper des « éléments subversifs » ayant pénétré dans le périmètre du bâtiment.

Pierre Laurent (1) était secrétaire national de l’Union des étudiants Communistes et Jacques Perreux (2) celui du Mouvement des jeunes Communistes de France. Le premier m’avait parlé des bantoustans et du ghetto de Soweto. Il ajouta, raison pas très étonnante, que les actions en faveur de la libération de Mandela permettraient aussi d’améliorer l’image du PCF, qui n’était plus identifié comme une organisation porteuse des libertés et des droits de l’Homme. Le second m’avait, lui, parlé d’un régime insupportable, du courage de Mandela l’insoumis, de désobéissance à travers des moyens d’alerte spectaculaires.

L’opération, imaginée et décidée entièrement dans les locaux de la JC, fut préparée dans le plus grand secret. Même Georges… Je dois reconnaître que c’était gonflé et grisant. Au fond, nous nous placions concrètement et illégalement dans une posture post-apartheid qui pouvait faire bouger les lignes dans l’opinion.

Je ne me suis intéressé à l’ANC (African National Congress) qu’ensuite. Comme on va à la lecture du Capital de Marx après avoir fait un stage sous-payé chez PSA. Créer l’ANC, c’était organiser et unifier les différents peuples dominés d’Afrique du Sud pour défendre leurs droits et leurs libertés dans un pays dirigé par une minorité blanche, Afrikaners ou d’origine britannique. Y faire vivre une composante communiste, c’était prôner le renversement du gouvernement et du capitalisme. Avec un débat au sein d’une ANC polyphonique sur les buts et la pertinence des moyens utilisés, pacifiques ou non. La ligue de la jeunesse de l’ANC, cofondée par Mandela, plus radicale dans son mode d’expression, partisane de manifestations de masse pour faire céder le pouvoir politique, posait aussi ces questions. L’alliance de l’ANC avec les Congrès Indiens du Natal et du Transvaal avait permis de jeter les bases communes d’une formation unie en opposition au gouvernement. L’ANC organisée et d’autres organisations anti-apartheid avaient ouvert une campagne de lutte contre les discriminations politiques, sociales et résidentielles imposées aux gens de couleurs. La fondation d’un Front démocratique uni (United Democratic Front – UDF (3)) par l’ANC et les groupes d’opposition à l’apartheid élargit le champ d’action. Les syndicats proches de l’ANC (dont le COSATU, Congress of South African Trade Unions (4)) y travaillèrent les revendications sociales. À partir de 1984, les townships furent en ébullition, avec l’aide de l’ANC qui est alors un creuset et un mouvement de libération incontournable. Et depuis 1994, sur le plan strictement électoral, l’ANC rassemble sur son nom entre de 62 % et 70 % des suffrages.

Résultats électoraux du 22 avril 2009 par district municipal : - en vert districts ANC majoritaire - en bleu districts Alliance démocratique (libéraux/conservateurs) majoritaire - en rouge districts Inkatha Freedom Party (conservateur zoulou) majoritaire
Résultats électoraux du 22 avril 2009 par district municipal : - en vert districts ANC majoritaire - en bleu districts Alliance démocratique (libéraux/conservateurs) majoritaire - en rouge districts Inkatha Freedom Party (conservateur zoulou) majoritaire

Dire pour autant que l’ANC a résisté à son séjour au pouvoir serait exagéré. Depuis 2005, la dérive libérale du gouvernement Mbeki (1999-2007) a provoqué des tensions au sein de l’ANC (avec la COSATU et la composante communiste). Faire le bilan de l’ANC au pouvoir implique d’examiner lucidement les résultats obtenus sans nier des problèmes politiques de fond. Mais la façon de rassembler de l’ANC et ce qu’elle a engrangé méritent un détour. Et à l’heure où le besoin de fédérer des forces pour renverser l’ordre existant est crucial, cette référence, comme celle de die Linke en Allemagne, ne mérite-t-elle pas qu’on s’y arrête ?

(1) En 2010, tête de liste du Front de Gauche en Ile-de-France et futur secrétaire national du PCF.

(2) En 2010, vice-président du Conseil général du 94 (groupe communiste et apparenté), numéro 2 sur la liste Europe Ecologie dans le Val-de-Marne