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Confitures et déconfitures

Out of South Africa

Je vais être honnête, je n’y connais pas grand-chose en football tout en étant curieux de ceux qui en ont la passion et sensible à ce spectacle d’équipes du monde, issues du plus profond de la société. Ces équipes qui en veulent, se mobilisent et finissent par gagner dans une belle geste sportive. L’équipe du Mexique était de cette trempe. De ces moments, j’aime la liesse populaire et je fuis l’hystérie collective.

Je n’y connais pas grand-chose en football, mais je me suis intéressé à cette tragi-comédie qui nous a été jouée, à côté de laquelle l’émission de téléréalité Loft Story faisait pâle figure. Pantalonnades, engueulades, arrogance, colères contenues, épanchement d’émotions, conférences de presse kafkaïennes, mines déconfites, refus de jouer (ah ! cette grève de joueurs richissimes), lancé rageur de sifflets… ceux qui voulaient du spectacle ont eu du spectacle ! Avec peu d’humour. Même au cirque, on rigole plus. N’est pas Achille Zavatta qui veut.

Le ciel est tombé sur la tête des Français. Avec la réforme des retraites, nous risquons d’avoir moins de pain. Maintenant, voilà que nous n’avons plus de jeux.

Il y a un microcosme footballistique comme il y a un microcosme politique, dont les acteurs ne réalisent même plus l’inanité, tellement ils sont dans leur bulle à l’image des traders qui opèrent dans leur bulle financière toxique. Comme cette insulte de Nicolas Anelka sortie des vestiaires résonnait avec ce « Casse toi, pauv’ con » sarkozyste ! Comme ce refus par Raymond Domenech de reconnaître la défaite rappelait Ségolène Royal après le coup de sifflet final ! Quant à cette absence complète d’autocritique des protagonistes, miroir d’un certain monde politique, elle était aussi assourdissante qu’un concert de vuvuzelas, ces trompettes des supporters Sud-africains.

Heureusement, nous avons eu la maîtresse d’école Roselyne Bachelot qui, après avoir dit tout le bien qu’il fallait absolument penser de la classe, a vilipendé les élèves (« caïds immatures » ; « gamins apeurés ») ? Nous avons eu Rama Yade demandant qu’il soit écrit que « les joueurs doivent chanter la Marseillaise ». Et puis, nous avons eu ce chroniqueur du Figaro et lobbyiste du Medef, qui vend tous les jours le libéralisme économique sur les ondes et qui nous a raconté que ce qui s’était passé relevait… d’un « manque d’éducation ». Comme si l’économie et la financiarisation du sport n’avaient rien, mais alors rien !, à voir dans l’histoire. Comme si l’exaltation de l’individualisme, de l’égoïsme, comme si le culte de la publicité outrancière et du business, comme si la promotion d’une société capitaliste dans laquelle le but ultime est de faire toujours plus d’argent, n’avaient pas été le moteur et le carburant de cet échec massif. Or qu’est-ce qui fait donc que le sport n’est plus du sport ? Et voilà que l’on nous serine le refrain du sauveur suprême. Il s’appellerait Laurent Blanc. Chanson pour donner l’impression que tout change afin que rien ne change.

A l’heure où vous lirez ces lignes, les joueurs de l’équipe de France auront quitté l’Afrique du Sud, retrouvé leurs clubs respectifs. Equipe ? Que dis-je ? Sélection ! Et c’est là toute la différence. Certains pensent que la clé de la réussite se fait en « sélectionnant » les meilleurs joueurs, transformés en idoles et milliardaires, issus du top du top de clubs dispersés, pour faire une équipe qui gagne. Est-ce étonnant ? On sélectionne bien ainsi à longueur de couverture d’hebdomadaires les « meilleurs hôpitaux », les « meilleurs lycées », la « meilleure complémentaire santé », les « meilleurs managers »… Peu importe les autres, ces perdants à la traîne, ces loosers jamais considérés comme une chance, un moteur… L’important, c’est la compétition, essence même du système, poussée à l’extrême, destructrice du commun.

C’est d’une révolution économique et démocratique dont le football a besoin, s’appuyant sur son peuple, des sportifs professionnels et amateurs, des clubs, une Fédération, débranchés de la toxicité du capital, dans un environnement réglementé, des salaires maximums… Le football, comme la société, a son Tiers-Etat. Et comme dit l’autre, le Tiers-Etat, c’est nous.