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A table ! / Idées / Mouvements

Ouvrir le champ des possibles par une mobilisation populaire

Le Front de gauche, en cours de transformation et d'élargissement, a lancé le 29 juin sa campagne en vue des échéances électorales de 2012. Environ 6 000 personnes ont assisté à un meeting Place Stalingrad à Paris où ont pris la parole Martine Billard (PG), Pierre Laurent (PCF), Christian Picquet (GU), Danièle Obono (Convergences et alternative), Clémentine Autain (FASE, dont Cerises publie ci-dessous l'intervention), Lucien Jallamion (République et Socialisme) et Jean-Luc Mélenchon, désormais candidat commun à l'élection présidentielle.

Bonsoir,

J’aimerais pour commencer que nous ayons une pensée pour nos amis, nos camarades qui s’apprêtent à embarquer sur la flottille de la Liberté, contre le blocus de Gaza. Nous devons poursuivre notre combat pour la reconnaissance de l’Etat Palestinien, dans les frontières de 1967. Et c’est possible.

Quel plaisir de vous voir si nombreux ici… Une belle journée, vraiment. Déjà, Stéphane Taponier et Hervé Guesquiere ont été libérés ! Et nous sommes là, ensemble, dans une configuration inédite qui me rappelle 2005, quand nous étions en campagne contre le Traité constitutionnel européen et que nous avons gagné. C’est la dynamique à gauche que nous avons su créer, dans l’unité, par l’innovation des formes politiques et avec un esprit d’éducation populaire, c’est ce mouvement qui a donné de la force et du sens au rejet de la construction néolibérale de l’Europe. Souvenez-vous, on nous riait au nez quand on dénonçait l’indépendance de la Banque centrale européenne. Et maintenant, même les économistes orthodoxes reconnaissent que c’est un peu gênant de ne pas disposer d’un tel outil…

Aujourd’hui, les crises sont là et nous testons grandeur nature le délire d’un monde, d’une Europe, d’Etats qui sauvent les marchés financiers, protègent le système qui a failli et dilapident les outils d’intervention publique. L’enjeu qui va dominer la séquence politique qui s’ouvre peut se résumer en une question : comment se dégagent les marges de manœuvre pour améliorer les conditions de vie du plus grand nombre ? Y a-t-il un avenir en dehors de l’austérité budgétaire, de la précarité pour tous (et surtout toutes), du démantèlement des services publics et d’une poignée d’oligarques qui décident pour nous – ceci expliquant cela !

Parce que si à droite, ce sont les plans de rigueur et qu’à gauche, ce sont aussi les plans de rigueur, version Papandréou ou apparenté, autant dire que c’est l’asphyxie, l’encéphalogramme plat. Autant dire que l’horizon est bouché. C’est pour ça qu’on est là. Pour ouvrir l’horizon, pour reconstituer une espérance populaire. Autant que de besoin, il faut savoir dire non et faire vivre l’esprit critique. Mais le temps est venu de dire « oui », ensemble. C’est-à-dire de porter une alternative de transformation sociale et écologique pour déjouer le scénario déprimant de l’alternance entre une droite dure et une gauche à l’eau de rose, entre une droite plus dure encore et une gauche toujours plus molle. Après les échecs du XXIe siècle, notre tâche n’est pas mince : tracer une nouvelle route pour l’émancipation humaine.

L’un des leviers pour ce chantier, c’est l’unité. L’unité de l’autre gauche, j’en rêve depuis longtemps, très longtemps. J’y ai toujours cru, parce que c’est une nécessité, une logique historique. Parfois, avec d’autres, nous avons eu des moments de… découragement et nous nous sommes souvent méfié des raccourcis. Car sans unité, pas de transformation possible, tangible. La Fédération pour une alternative sociale et écologique s’est créée après l’échec cuisant de 2007, où la dynamique des collectifs antilibéraux s’est fracassée sur nos divisions, débouchant sur trois candidatures à la présidentielle aux scores décevants. Désormais, notre parti pris, c’est de trouver de nouvelles formes d’agrégation politique pour fédérer les forces et les individus qui veulent un changement véritable à gauche. Cette tribune, avec la Fase, Convergence et Alternative et République et Socialisme, est le fruit d’une évolution du Front de Gauche qui s’élargit, se transforme. L’une des évolutions cardinales, qui doit s’incarner dans les faits partout en France, c’est la mise en place des assemblées citoyennes. Ces assemblées, qu’il faut faire vivre et développer, doivent permettre l’implication individuelle, favoriser la participation de celles et ceux qui partagent nos convictions mais sont aujourd’hui sur le bord du chemin politique. L’air de rien, cette évolution du Front de Gauche, c’est un pas décisif qui ouvre l’espoir.

Permettez-moi de penser, de tendre la main à celles et ceux qui ne sont pas là, ou plus exactement pas encore là.

Je veux m’adresser à tous ceux qui ont cru au Nouveau Parti Anticapitaliste et qui sont déçus parce qu’ils espéraient une force nouvelle, ouverte, diverse, porteuse d’espoirs. Je veux leur dire de ne pas se décourager, de ne pas lâcher l’affaire et de venir avec nous. Nous avons besoin de vous. Et pour ceux qui hésitent, je leur fais lecture de l’une des phrases clarifiant notre stratégie politique, qui fait accord entre toutes les composantes présentes sur cette tribune : « qu’on ne compte pas sur nous pour appliquer une politique qui ferait encore payer aux salariés et aux classes populaires la crise du capitalisme ».

Je veux m’adresser à tous ceux qui hallucinent que leur famille politique, l’écologie, se mette au service d’une polarisation de la gauche au centre. Sans rire, le duel entre Nicolas Hulot et Eva Joly, pour savoir lequel, laquelle, est le plus à gauche : c’est une plaisanterie. Et je plains mes nombreux amis qui sont écolos, sincèrement de gauche, et qui voient leur mouvement contribuer au recentrage de la gauche. Le profil Hulot rebute et je le comprends : mais il ne peut pas, d’un coup de baguette magique, rendre sa compétitrice de la primaire « plus à gauche que moi tu meurs ». Tendez les oreilles, je vous assure ! Et vous verrez que ce n’est pas un hasard si Eva Joly a bien failli rejoindre le Modem avant d’intégrer Europe Ecologie.

Qu’il n’y ait pas de méprise : ce qui se passe à Europe Ecologie n’est pas une bonne nouvelle. Pas plus qu’un Parti socialiste notabilisé, sans souffle et aux boussoles sociales-libérales. La politique, ce n’est pas une histoire de parts de marché. C’est l’affaire de nos vies. Quand l’échiquier politique se barre à droite, avec la droite qui vire à l’extrême droite, c’est un mauvais point pour nous tous. Alors, à tous ceux qui pensent, comme l’a si bien théorisé André Gorz, que l’écologie politique a partie liée avec la lutte contre le capitalisme, nous leur disons que la porte est ici grande ouverte. Le père de l’écologie politique disait très bien que le capital a deux leviers pour s’accroître : une pression sur les revenus du travail, c’est-à-dire le recul des salaires, le chômage, la diminution des pensions, etc., manière de faire un rapt de la valeur ajoutée au profit du capital ; et le deuxième levier pour que le capital augmente sa rente, c’est le consumérisme : nous faire acheter tout et n’importe quoi, pourvu que l’on consomme, et donc produire à tout va, des produits qui ne durent pas et développer un marketing qui crée toujours de nouveaux besoins et, surtout, tue nos désirs. Partager les richesses, les savoirs, les pouvoirs et les temps : voilà ce que nous avons à faire.

Je parle des temps, parce que c’est un enjeu majeur pour l’égalité entre les hommes et les femmes. Plus de 80% des taches domestiques et parentales sont effectuées par les femmes. Elles constituent, avec les jeunes, le gros bataillon des 7 millions de travailleurs pauvres. La faute à la reproduction de la domination masculine bien sûr, mais aussi à la précarité et aux temps partiels imposés. L’articulation des temps de la vie fait partie des enjeux matériels qui empêchent l’égalité d’être une réalité. A Madame Parisot, qui faisait récemment la Une du Parisien pour nous expliquer que le machisme, c’est mal, je voudrais dire combien le féminisme que nous portons ici n’a finalement pas grand chose à voir avec cette espèce de « politiquement correct » qu’est devenue l’égalité hommes/femmes telle que défendue par toutes les grandes âmes aujourd’hui. Des mots, des mots… Car tant que la précarité ne sera pas combattue par la loi, que le temps de travail ne sera pas réellement partagé, comme les richesses, que le service public d’accueil de la petite enfance restera un doux rêve alors que la pénurie de places en crèches est un frein à l’évolution de la carrière des femmes, que la contrainte ne pèsera pas franchement sur les entreprises pour favoriser l’égalité réelle des salaires et des parcours professionnels, tous ces beaux discours seront pour la galerie. Cette exigence de radicalité concrète, nous la porterons à l’occasion de l’échéance présidentielle et législative de 2012. Mais nul n’est besoin d’attendre jusque-là pour engranger quelques victoires. Si l’on s’accorde aujourd’hui à dire qu’il y aura un avant et un après l’affaire DSK en matière de libération de la parole des femmes victimes de viol, c’est parce que nous sommes intervenus pour avoir une pensée pour cette femme de chambre, invisible et méprisée. Nous avons dit stop à cette solidarité de caste et de genre qui alimentait la si grande tolérance sociale à l’égard des violences faites aux femmes. Jean-Luc, je suis vraiment ravie que tu aies été l’un des rares, très rares, à avoir eu cette pensée pour la femme de chambre, le jour même où l’affaire a éclaté. Et ce que nous avons réussi à tenir ensemble, c’est cette vision féministe mais sans jamais tomber dans une défense de l’ordre moral, dans une remise en cause de nos libertés.

Chers amis, chers camarades, nous resterons l’arme au pied s’il s’agit de nous mouler dans la rigueur budgétaire imposée par l’Union Européenne et le FMI. Pour enclencher une dynamique émancipatrice, soyons réaliste : il va falloir affronter les intérêts du capital, désarmer les marchés financiers. L’implication citoyenne peut déverrouiller ce que l’oligarchie présente comme des données intangibles. La mobilisation populaire est la clé pour ouvrir le champ des possibles. Place Tahrir, Puerta del Sol, toutes les places occupées par les résistances du peuple grec, Place Stalingrad au métro Jean Jaurès, ici… : place au peuple !

Chers amis, chers camarades, ayons conscience de notre force, nous sommes la gauche !

Pour écouter l'intervention de J.L. Mélenchon voir sur www.communistesunitaires