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A table ! / Idées / Mouvements

Tactiques et mise en perspective

L'auteur restitue ici pour Cerises une problématique de son intervention en Coordination nationale de la Fédération pour une alternative sociale et écologique (FASE) le 2 avril.

Exercice accepté… : comprendre la situation et préciser un outil pour la changer, le tout en résumant !

Abstention, désarroi et refus

Nous avons à comprendre les abstentions massives ; et pour cela nous souvenir de la participation massive à la présidentielle de 2007. Les refus de voter peuvent se reproduire, ou s’inverser si des groupes sociaux importants se reconnaissent dans des enjeux.

Nous trouvons-là une des formes de domination que le sociologue Max Weber appelait froidement des « pseudo-démocraties » (entre 1917 et 1920 !) : celles-ci fonctionnent grâce à une relative apathie de la majorité, résignée à un équilibre entre les privilèges de l’oligarchie et des concessions qui finissent par « légitimer la domination ». Il y a des variantes, avec de grands partis tout à la fois d’opposition et d’intégration dans les institutions, et d’autres où les opinions sont plus dispersées, et même désorientées (avec souvent des relents chauvins et xénophobes). Ces situations expriment des contradictions qui peuvent ainsi rester sans effet pour une remise en cause des rapports sociaux et des définitions du travail par le capitalisme.

Des élections présidentielles viennent consolider l’impression de « choisir » par la recherche d’une aura « charismatique ». Max Weber faisait de ce sommet de la construction délégataire un moment fort du raffermissement des formes acceptées de la domination politique de la classe capitaliste.

Cette institution doit, selon nos propres analyses, être combattue, et remplacée par une Constituante afin de rompre avec la République telle qu’elle est par une révolution démocratique.

Percevons les conséquences que peuvent et devraient trouver nos options ! Des « axes de rupture », que nous avons commencé à proposer, veulent contribuer à dégager un horizon, à l’opposé de la résignation qui habite les polarisations par le présidentialisme. D’où la possibilité de débattre, en lien avec les exigences quotidiennes, de contribuer à rendre possibles des ruptures.

« Soyons réalistes » disent et redisent les sociaux-libéraux, plus ou moins écologistes. N’allons pas fuir ces débats : mettons en lumière ce qui est possible et ce qui est souhaitable : le réalisme à la hauteur des crises du monde actuel (écologiques et sociales…), c’est le contraire de la résignation.

Front politique et institutions

Voici un détour, celui des grandes mobilisations autour de 1936, dont on peut souligner combien il ne nous éloigne pas de nos questions actuelles.

En 1934, les Ligues fascistes tiennent le haut du pavé. Pour répondre de façon offensive, la CGT et la CGT Unitaire (PCF pour l’essentiel), fusionnent et refont la CGT, autour d’un ensemble d’exigences à la fois revendicatives et institutionnelles ou politiques : le « Plan de la CGT » comporte, avec des hauts et des bas, une socialisation des principaux moyens de production pour les soumettre à des décisions, le droit à une Sécurité sociale pour la santé et à des retraites, la réduction du temps de travail et le droit à la scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans… Les garanties de compter pour soi-même et pas pour le marché du travail.

Cela semble excessif aux alliés Radicaux, l’un des grands partis du Front populaire avec le PS et le PCF. Il a donc été fait un programme du Front populaire qui doit être satisfait sans gêner les représentants d’une partie de la bourgeoisie française. L’écart entre les attentes et la situation, avec un patronat qui ne veut pas et d’ailleurs ne sait même pas négocier (à l’époque !) amène à la grève générale qui suit la victoire électorale du Front populaire, vraie défaite de la droite au pouvoir depuis des années.

Il n’y a pas de courant politique large qui défende dans les mobilisations des objectifs lié à une transformation sociale. Léon Blum a dit à l’époque avoir reçu cette grève comme une gifle en pleine figure : « les masses » n’ont pas attendu les capacités gouvernementales de « l’occupation du pouvoir ». Sans cette gifle, Blum n'aurait pas marqué l'histoire.

Aucune propagande d’un groupe révolutionnaire à côté du « Front » ne peut se faire écouter : elle passe pour «extérieure au mouvement ». 1936, ce sera donc « les congés payés », c’est-à-dire la généralisation d’un accord qui avait été obtenu à Renault. Et ainsi une belle affirmation du goût à vivre libre (un peu plus). Bon souvenir, mais le patronat n’y avait perdu aucun contrôle sur aucune institution. Il se débarrassa du Front populaire en novembre 1938, avec la même Assemblée nationale et un changement d’alliances.

Les exigences exprimées dans le « Plan de la CGT » n’ont pas été perdues : ne pas séparer les droits des individus de prises de propriétés publiques socialisées. Elles forment la trame du Programme du Conseil national de la Résistance. Quelques-uns qui étaient jeunes avant 1940 m’ont dit : « A la Libération, on a essayé de faire ce qui n’avait pas été fait en 36 ».

Une transformation sociale et écologique pour détruire et remplacer le capitalisme et sortir de ses crises ? Oui. Et cela se fait dans un large Front.

Quelques références :

Institut CGT d’histoire sociale, 1936, le congrès national d’unité,1986. Le choix de ne plus demander de « nationalisations » pour s’adapter au Programme du Front populaire ne peut s’expliquer sans une analyse internationale. On peut lire, écrit avec les archives du gouvernement de l’URSS, Moshe Lewin, Le siècle soviétique (Fayard, 2003), et Victor Serge, Retour à l’Ouest (Agone, 2010), ses chroniques écrites de 1936 à 1940.

Léon Trotsky, Le mouvement communiste en France (pp.486-498), éd Minuit, 1967. Le texte est issu d’un travail de discussion entre l’auteur et un groupe de militants français, qui préparaient le congrès de la CGT de mars 1935. Cette intervention y a été faite par un militant.

Max Weber, Œuvres politiques (1895-1919), Albin Michel, 2004. Sociologue, il se disait « bourgeois et fier de l’être », engagé politiquement dans la modernisation de rapports sociaux et institutionnels dans l’Allemagne d’avant 1914 et dans les débuts de la République de Weimar.