Qui sommes-nous ? Charte du site Participer S'abonner Soutenir Liens

Appel

Horizons d'émancipation

La 4 de couv'

Note d'actualité

Sur le plateau

Rubriques

Altercommunisme

Altercommunistes

Séquences

Cerises

Sélection

Imprimer cet article

A table ! / Organisations

Décryptage du projet du Parti Socialiste

Notes de lecture

Il ne s’agit pas d’analyser ce texte dans l’espoir d’y trouver une doctrine de dépassement du capitalisme, et puis là n’est pas la question, nous savons que le Parti socialiste n’inscrit pas son action dans l’alternative radicale. Il convient seulement de savoir si ce texte reste toujours dans la veine d’un projet social-démocrate classique de régulation du capital, ou s’il est le signe d’un glissement à droite, d’un recentrage. Premier constat : je note qu’il est en deçà des propositions formulées en 1997. J’ai vainement cherché, à défaut de points de ruptures, de voir où sont les amortisseurs sociaux susceptibles d’endiguer la vague libérale qui va s’abattre sur l’Europe avec les préconisations du pacte pour l’Euro.

La nature de la crise

La nature de la crise et les mécanismes qui conduisent à son aggravation sont volontairement occultés. L’accent est mis sur les contraintes extérieures. Il s’agit de faire la part entre : « des contraintes réelles, celles qu’imposent le changement climatique ou qui pèsent sur les fiances publiques, et les politiques décidées par les gouvernements libéraux depuis 10 ans.  » (page 12)

Page 7, on peut lire : « La crise actuelle est celle du partage de la richesse ». Page 6 « L’insuffisante régulation du capitalisme amène des crises à répétition ».

Les difficultés ne tienne pas au système mais à la politique de Sarkozy, ainsi page7 « La France s’en sort moins bien que d’autres en Europe ». « Notre pays a besoin d’alternance, d’une autre Présidence… » (p.13) Est-on sûr que La Grèce, le Portugal, l’Espagne dirigés par la social-démocratie s’en sortent mieux que la France ? Ce paragraphe fait l’impasse sur les injustices générées par le système, pour le PS, les difficultés tiennent à la politique « du chef de l’UMP » .

L’analyse du monde

Elle est la suivante : « les enjeux, changement climatique, explosion démographique, montée des émergeants, tout cela entraîne un recentrement du monde…L’Europe n’est plus le centre de l’occident… Les sociétés européennes sont crispées ». « La conviction que démocratie et marché, droits de l’homme et commerce, vont de pair est remise en cause par les capitalismes de parti unique ou de mafia. » (p.5)

Aucun inventaire sur la participation au pouvoir dans les années 97/ 2002, en dehors de cette critique évasive : « Les libéraux ont affaibli la protection sociale et le pouvoir d’achat - avec en Europe la passivité de certains dirigeants sociaux – démocrates ». (p.6) Et page 14 : « Les socialistes et la gauche ont une conviction au fond du cœur : la politique peut reprendre le pouvoir sur la finance » Oui, pourquoi alors ne pas revenir clairement sur cette phrase conceptualisée : « économie de marché oui, société de marché non » qui a sonné l’acte de capitulation devant les licenciements boursiers, Vilvorde, Lu, Michelin.

Services publics : Dix huit mois après la votation citoyenne pour la Poste, en pleine crise énergétique, avec la montée fulgurante du prix du gaz et de l’électricité, le statut juridique des services publics privatisés ou en voie de privatisations n’est pas traité. Les services publics se résument à trois grands chantiers : « L’école, la santé, la sécurité seront au cœur de nos priorités… » (p.24)

Ecole : « personnalisation accru des parcours, refonte des rythmes scolaires… Améliorer les conditions du métier d’enseignant…, allocation d’études sous condition de ressources…Accueil des tout petits, notamment par un plan ambitieux de création de places en crèches… scolarisation obligatoire dès trois ans.  » (p.24-25) L’obligation scolaire jusqu’à 18 ans ne figure pas, aucun chiffrage sur le nombre de postes, rien sur la feuille de route de Lisbonne 2000 qui consacre l’adaptation de l’école aux exigences de l’économie mondialisée, l’école pierre angulaire « pour construire l’économie de la connaissance la plus compétitive du monde » voté à l’unanimité des représentants européens, pour ce qui nous concerne il s’agissait de Lionel Jospin. Une réforme pour la rentrée 2013 est annoncée. « Nous engagerons une large concertation avec les enseignants afin d’élaborer une réforme pour la rentrée scolaire 2013. » (p.25). Rien n’est indiqué sur la remise en cause des réformes Darcos Chatel, mise en concurrence des établissements, etc.

Santé : « Renforcer l’hôpital public et le recentrer sur ses missions », « lutter contre les déserts de santé... » « Faire primer la prévention et l’offre de soins de proximité. » (p.25) Pas de remise en cause de la loi Bachelot sur le fond, idem sur les ARS : « recentrer sur ses missions essentielles » est une formule évasive par absence de définition des dites missions.

Sécurité : c’est dans ce paragraphe, un des seuls ou l’on trouve trace d’un chiffrage : « Nous créerons 10 000 postes de gendarmes et de policiers dont un millier dès 2012 » « …retour de la police de proximité. » (p.25)

Social

Retraite : engagement d’abroger la réforme de 2010, (c’est la seule abrogation dans le texte) on n’abroge pas celle de Fillion 2003. « Nous abrogerons la réforme de 2010… nous engagerons la réforme des retraites que nous avons promise : un financement garanti avec une contribution du capital, le droit de partir à 60 ans.  » (p.26)

Salaire et pouvoir d’achat : aucun chiffrage, même pas pour le Smic, sinon un constat : « Plus de 40% des Français n’ont pas été augmentés depuis 5 ans alors que leurs dépenses contraintes explosent. C’est inacceptable… » Une promesse : « Nous organiserons une conférence salariale annuelle qui, dans un dialogue tripartite (Etat, organisations syndicales, organisations patronales) et à partir d’un diagnostic de la situation économique du pays, permettra aux partenaires sociaux d’établir un cadre général d’évolution des salaires….)  » (p.20)

Emploi 

Je note la constitution d’une banque publique d’investissement, qui regroupera la caisse des dépôts, et autres outils existants. « Elle sera mobilisée au plus près des acteurs économiques pour anticiper, mettre en réseau, reconvertir, relocaliser. Elle soutiendra les PME et les PMI pour favoriser la constitution d’entreprises de taille intermédiaire. »(p.21)

La protection des salariés contre les licenciements « boursiers » : Les mesures proposées s'inspirent en partie de la loi Hue sur le contrôle des aides publiques à l'emploi, votée en 2000, suite aux licenciements chez Michelin, et Lu, loi qui ne fut jamais appliquée. « Renchérir le coût des licenciements collectifs pour les entreprises qui versent des dividendes… » « Remboursement des aides publiques en cas de licenciements collectifs… » « Possibilité pour les salariés de saisir le Tribunal de Grande instance… » (p 22)

La création des emplois d’avenir pour les jeunes, à temps plein dont la rémunération n’est pas fixée, « 300 000 sur 5 ans, dont la moitié dès 2012 » soit moins que les emplois jeunes de 1997. Le coût sera financé « par la suppression de la subvention aux heures supplémentaires » (p.20)

Egalité Femmes-hommes

Le texte ambitionne d’en faire une priorité de la législature. « Cela passe par l’égalité des droits et des salaires dans les entreprises : Les exonérations de cotisations sociales seront conditionnées à la conclusion d’un accord sur l’égalité salariale au sein de l’entreprise. » (p.26) Ce qui signifie que le rattrapage se fera par l’impôt, ce sont les salariés qui financeront cette mesure. C’est dire aussi que la politique d’exonération de cotisation sociale qui a mis à mal la Sécu va se poursuivre.

Collectivité territoriale 

Je ne lis rien sur le retour de la TP, ni sur l’abrogation de la loi. Page 28 « Nous engagerons une nouvelle étape de la décentralisation à partir de 2012. Elle passera par une clarification et une simplification des compétences avec des régions et des pôles urbains fer de lance du développement économique et de la préparation de l’avenir, des départements et des communes centrés sur les politiques de solidarité et de proximité. Une autonomie financière pour chaque collectivité qui se verra affectée une ressource dynamique. » Il s’en suit une ligne sur citoyenneté et mise en place des jurys participatifs. On peut comprendre que Régions et Métropole vont suivre les affaires macro-économiques et les départements et localités s’occuperont du social.

Citoyenneté

Je passe vite sur cette phrase troublante héritée de la pensée « sarkozyste » « en 2012, pour faire vivre la société, la gauche s’attachera à faire respecter les devoirs et les droits.  » L’inversion des termes, droits et devoirs en dit long sur la conception du droit.

Finances publiques

Il s’agit de les « assainir », « rembourser la dette », « la réduction du déficit », le terme est présent à plusieurs endroits dans le texte. « Le déficit public est considérable, autour de 7%, la dette a crû de 300 milliards d’euros… » Pour en conclure que « c’est la dette qui a financé les "réformes" de la droite ». Il s’agit du passage le plus inquiétant, car les marges de manœuvre n’existent pas. Les recettes sont modestes et 50% seront affectées aux déficits et au remboursement de la dette, (sachez que pour le secteur de l’Education il faudrait 2 points de PIB, en 5 ans, pour répondre aux besoins, soit 36 milliards sur une législature, je prends cet exemple pour comparaison avec les chiffres ci-dessous). Ainsi on peut lire : « Il y a un chemin pour rétablir les comptes publics, mais il suppose de ne pas confondre sérieux et austérité… La France retrouvera à partir de 2013 une croissance autour de 2,5%. Nous affecterons une partie des fruits de la croissance au désendettement en maintenant la progression des dépenses publiques à un niveau inférieur à la croissance. » (p.29) 

Sur les 70 milliards de dépenses fiscales créées par la droite : « Nous en annulerons 50 milliards…Nous affecterons ces 50 milliards de ressources nouvelles pour moitié à la réduction de la dette et des déficits et pour moitié au financement de nos priorités. » (p.30). Une taxe sur les transactions financière sera créée, « la moitié de son produit servira à l’assainissement des comptes publics » (p.30).

Conclusion

La répétition abusive du mot République inscrit ce texte dans la rhétorique de la « nouvelle gouvernance » initiée par Raffarin en 2002. « La République unifie tout le monde », « elle est au dessus des idéologies. » « La République » fonctionne comme une abstraction, vide de sens, au-dessus de tout, elle est Dieu, un peu comme « Le Parti » dans l’ex URSS. Dans les 10 dernières lignes « Renouer le fil d’une histoire à continuer, celle du patriotisme républicain » plus loin…« Il faudra leur crier "Vive la république" … »

Par contre le PS ne parle plus du socialisme démocratique, il est vrai que Valls et d’autres ont déclaré il ya peu de temps que « le mot socialisme est attaché à un monde qui a disparu ».

Pour finir ce texte est un compromis entre tous les leaders présidentiables socialistes, un bien mauvais départ.