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Confitures et déconfitures

La catastrophe est certaine, reconstituons-nous !

La 1ere phrase que j’ai apprise en anglais était «I am a pig» (Je suis un cochon). Et ma prof nous avait alors avait expliqué la différence entre les mots pig (cochon) et pork (porc). Le premier se trouvait dans les champs, le deuxième dans les assiettes. Pig provenait du peuple, pork avait été inventé par des conquérants, genre Guillaume. Bref, il existait un mot du côté des serfs, un autre du côté des seigneurs. Ceux-là mangeaient à leur faim du rôti de porc aux pruneaux, en piquant des cochons aux paysans. Le plus fort, c’est que ce vocabulaire de classe marchait aussi pour le bœuf (cow dans les champs, beef dans l’assiette) ou le mouton (sheep contre mutton, lamb). Le peuple ayant fini par accéder à des rôtis qui ne tombent pas tout cuits dans la bouche, il employa tous les mots et oublia la différence. Heureusement, voilà le mot pig revenu au goût du jour pour désigner à la vindicte des pays à mettre au ban des puissants et des agences de notation et, par un détournement vicieux, des peuples. PIG comme Portugal, Irlande et Grèce. Les capitalistes ne sont pas des cochons, mais des porcs. Si l’Irlande, par exemple, se retrouve dans une situation catastrophique, cela est notamment dû à l’éclatement de la bulle sur le prix des logements et des actions qui a engendré un effondrement dans la construc- tion et la finance, puis dans toute l’économie irlandaise. Invention ? Le gouverneur de la Banque centrale irlandaise, Patrick Honohan, a livré les conclusions d’une enquête internationale sur les causes de la crise. Ses conclusions : «Le gouvernement s’est rendu coupable de laxisme en matière de fiscalité et de régulation immobilière.» Attirer les capitaux à coups de fiscalité avanta- geuse, de baisse de l’impôt sur les sociétés (au taux ultra-réduit de 12,5 %) et doper le secteur du bâtiment en laissant toute liberté aux banques a conduit le pays – selon le rapport Honohan – au bord du gouffre.

Les bulles financières ne sont pas celles, en savon, des enfants : elles n’éclatent pas seules. Une oligarchie s’est goinfrée en spé- culant sur l’immobilier, les actions et les devises. Alors qu’il fallait casser les reins à la spéculation, ce trafic a été suscité par les détenteurs de capitaux, encouragé par les dirigeants d’Etat. Les prix de l’immobilier ont grimpé vertigineusement et les institutions financières ont prêté en misant sur la valeur future des biens plutôt que sur la solvabilité des emprunteurs. Face à cette faillite du système, les trois grandes banques irlandaises, bourrées d’hypo- thèques contaminées, furent récemment nationalisées, refilant des dettes pourries, fabriquées par la main invisible du marché, à l’État irlandais. Bref, après avoir privatisé les bénéfices, on a nationalisé les dettes. Quant au dumping fiscal, l’Irlande n’est pas seule : adopté par plusieurs pays de l’Union européenne (les ex- pays de l’Est ont des taux d’imposition sur les sociétés d’à peine 10 %), il est un désastre. Les taux d’intérêt ? Ils sont plus élevés qu’en Allemagne, preuve que les marchés spéculent sur une ban- queroute en domino de pays européens.

Que fait l’oligarchie responsable de cette situation ? La BCE ? Le FMI ? Ils nettoient la porcherie du capitalisme en ponctionnant lourdement la population irlandaise. Ils baissent le salaire mini- mum, augmentent les impôts, les frais d’inscription à l’Université, réduisent les allocations-chômage et familiales... Les bureaux d’aide sociale sont débordés, faisant penser aux années noires de chômage à 22 %. Les classes moyennes sont étranglées. Des Irlandais émigrent à Londres. La crise est profonde. Ce n’est pas seulement l’immobilier et le bâtiment qui sont frappés, mais toute l’économie : industries, fournisseurs, commerce. Restaurateurs, vendeurs de bière, marchands de rôtis sont dans la mouise. Dans PIG, il y a P. Le Portugal intéresse aussi les spéculateurs et les agences de notation, celles devant lesquelles les gou- vernements de droite se prosternent, les sociaux-démocrates tremblent. «Le Portugal ne compense pas ses points faibles par ses points forts», pontifient les analystes financiers au service du capital. L’industrie ? « Détruite par l’intégration européenne», selon Carvalho Da Silva, secrétaire général de la CGTP, principal syndicat du pays. L’agriculture ? «Laminée par la marche forcée vers le tertiaire» selon Fernando Rosas, historien et ancien député du Bloc des gauches (anticapitaliste). La justice sociale ? Le Portugal est le plus inégalitaire des pays européens. Face aux «risques de dégradation de la note du Portugal», l’actuel gouvernement socialiste a gelé les salaires, reculé l’âge de la retraite, démantelé l’Éducation publique. Le système de santé est en cours de privatisation. Selon les indicateurs, 2011 s’annonce « terrible. » En revanche, le secteur financier a vu ses profits croître de 37 % en un an, les revenus moyens des PDG des entreprises cotées en Bourse ont triplé. Chaque directeur de la Banque Commerciale du Portugal gagne environ 3 millions € par an, quand le salaire minimum est de 475 € par mois. Face à l’aus- térité, la réaction a été inédite : grève générale ce 24 novembre, à l’appel conjoint, pour la 1ere fois depuis la révolution de 1974, des deux grands syndicats : la CGTP et l’UGT. Selon Le Monde (22 nov. 2010), le syndicaliste Carvalho Da Silva a notamment assigné à la grève l’objectif de « poser le mouvement syndical comme une force qui peut contribuer à la rénovation du système politique ». De quoi nourrir la réflexion, non ?

Il faut appeler un chat un gros chat : c’est le capitalisme qui est en crise. La catastrophe en Europe est certaine... En France, le peuple, dans toutes ses composantes, sait se rassembler. Ne l’a-t-il pas fait contre la réforme des retraites ? Il est temps cette fois qu’il se reconstitue.