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Confitures et déconfitures

J’adore Bernard Pons

Jacques Lafleur aimait à bassiner son monde avec son amour de la Nouvelle-Calédonie. Il est mort à son domicile, sur la Gold Coast en Australie.

C’est « un artisan de la paix » qui est parti, selon France Inter (5 déc. 2010), « un anti-indépendantiste dont le nom reste pourtant attaché au processus de décolonisation » (L’Humanité – 6 déc. 2010). Il est en effet de notoriété publique que Jacques Lafleur a passé sa vie à décoloniser la Calédonie… Que cet ex-chef de guerre, ait reçu, il y a quelques semaines, une Colombe de la Paix, décernée par l’Unesco peut certes brouiller quelques repères. Lafleur et Mandela, même combat, il faut oser !

Il vaut mieux, dans la vie, entendre plusieurs sons de cloches. En matière de Lafleur au fusil, mon repère c’est Bernard Pons, ministre des DOM-TOM de Chirac de 1986 à 1988. C’est-à-dire le boucher d’Ouvéa (19 Kanak et indépendantistes assassinés, dont 12 dans le dos). Autant dire un connaisseur. Le must. L’homme qui félicitait les forces de l’ordre et les militaires après l’assaut meurtrier de la grotte. Qui demandait la dissolution du FNLKS. L’ami du candidat Jacques Chirac déclarant à la télévision entre les deux tours de la présidentielle (28 avril 1988) : « Je ne respecte pas M. Tjibaou, quelqu'un qui est devenu un terroriste. Je ne respecte pas le FLNKS, et je ferai tout pour que ce groupe terroriste soit réduit. »

Que pense donc le boutefeux Bernard Pons du cosignataire des Accords de Matignon de 1988, son ami Jacques Lafleur de 1987 ? « Lafleur était le plus déchaîné. On me reprochait de ne pas être assez ferme, de faire la part trop belle au FLNKS. On me demandait encore plus de CRS, encore plus de gendarmes mobiles ». (Le Quotidien de Paris – 1er juin 1989). Lafleur « artisan de la paix », ressassent les journaux…

Que pensait la blanche colombe Jacques Lafleur des envoyés de la Mission du Dialogue, venus préparer les Accords de Matignon en 1988 ? Dans son livre , les médiateurs sont globalement traités d’ « inutiles » (p.140), et individuellement, soit qualifiés de « bouledogue », soit possédés d’un « regard sectaire jusqu’à la haine. » Précisons que Lafleur parlait ici des représentants des Églises. Du calédonien José Barbançon, écrivain et historien rallié à Jean-Marie Tjibaou : « C’est un nain rongé par la haine de ceux qui réussissent » (p.117). Quant à Tjibaou, il était devenu « incroyablement raciste» (p.78, p.181). De tels écrits méritaient bien une distinction internationale.

En 1988, Jacques Lafleur a simplement cédé du terrain. Le film « Les Médiateurs du Pacifique » est, à ce titre, probant. Et le Bureau Politique du FLNKS du 18 mai 1989, réuni après l’assassinat des leaders indépendantistes, ne s’y est pas trompé : « Les Accords de Matignon, devenus la loi référendaire du 6 novembre 1988, sont le résultat du rapport de forces créé par le FLNKS face au gouvernement français. Ils font suite à notre stratégie adoptée au congrès de Tibarama, qui par le boycott actif du 24 avril 1988 a permis de faire échec au statut Pons et amené le gouvernement français à discuter d’un plan et d’un calendrier de décolonisation. »

J’entends d’ici les commentaires. « Il y a eu le Jacques Lafleur post-1988 ! » C’est vrai. Côté vie publique, ce furent trois condamnations pour injures, un an de prison avec sursis pour ingérence au bénéfice de son neveu dans un scandale immobilier à Nouméa (L’Express Eric Conan – 06 juin 2002). Ce fut une lettre à en-tête de l'Assemblée nationale (oct.1999) où il traita le responsable écolo de riverains mécontents de « vulgaire procédurier et de petit saligaud », phrases pour lesquelles il fut condamné en correctionnelle à Nouméa (avril 2000), avec une peine alourdie en Cour d’appel.

Le chef de guerre des anti-indépendantistes et perdreau de l’année présida surtout le Sud (de 1989 à 2004)… et ne perdit pas le Nord. Il avait signé pour gagner du temps et continuer son business. Le procès perdu face au Canard Enchaîné, qui avait révélé que l’actionnaire de 21 sociétés locales Jacques Lafleur n'avait pas payé d'impôt sur le revenu en 1985, ne l’arrêta pas. En homme d'affaires, il vendit son entreprise minière aux Kanak, aidés par l'Etat, empochant au passage près de 15 millions €. À la Province Sud, il fit deux choses : il n’impulsa aucune politique sociale, faisant prendre à la Nouvelle-Calédonie un retard considérable dans ce domaine ; il refila pour « presque rien », en juillet 2002, à la multinationale INCO, un massif entier, celui Prony, blindé de minerais, après avoir cédé les droits sur celui de Goro en 1992. De quoi mériter un faucon. Un vrai. En nickel bien sûr.